LES CANIVETS

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Savoir I La découverte insolite du mois

LES CANIVETS

DE MICHÈLE WAGNER

C’est en Alsace du Nord, à Bischwiller tout près de Strasbourg, que vous trouverez l’atelier de Michèle Wagner : avec patience, minutie, ses doigts de fée dessinent, découpent, cisèlent finement des dentelles en papier aussi légères qu’une plume.

Les oiseaux, poules, rennes, cœurs, arbres, crèches, personnages, fleurs, bougies, pampilles, arabesques deviennent des décors de fenêtres, des photophores, des cartes de baptême, des faire-part de ma- riage, des suspensions, de petits cadres... Talentueuse et créative, Michèle Wagner réalise même des canivets géants, véritables fresques, pour des musées, des châteaux, des nefs d’églises... Époustouflant !

HISTOIRE DU PAPIER DÉCOUPÉ OU CANIVET
Le mot canivet provient de l’outil néces- saire à la réalisation de l’ouvrage : c’est un petit couteau très tranchant, de forme spécifique, souvent utilisé au Moyen Âge. Mais c’est surtout un art ancestral qui fut pratiqué dans le monde entier et dans plusieurs cultures.

Il est probablement l’un des « beaux- arts » populaires le plus vieux de Chine, lié vraisemblablement à l’invention du papier il y a plus de deux mille ans. Des styles différents se sont peu à peu développés au Japon, au Mexique où les ornements en papier perforé étaient utilisés pour décorer les autels.

Dans le recueillement et le silence des couvents, au XVIIe siècle, des moines et des religieuses sculptent méticuleusement des images pieuses ou des souvenirs de pèlerinage. Au XVIIIe siècle, avec l’art de la silhouette, il devient un divertisse- ment pour les classes sociales élevées. Les « tableaux en découpures » de Jean Huber le rendent célèbre.

Andersen (1805-1875), plus connu pour ses contes que pour son habileté à pro- duire des découpages en papier, en fait son passe-temps favori et en produit en grand nombre dont 1 500 — silhouettes, cygnes, châteaux, lutins, anges, person- nages imaginaires — seront conservés par le fils de Charles Dickens à qui il rend souvent visite.

Michèle Wagner dans son atelier.

Il est arrivé en Europe dès le XVIe siècle

Au XIXe siècle, une fille de bonne famille se doit encore de pratiquer l’art du

À la fin du XIXe siècle et surtout au début du XXe siècle, le canivet s’in- en passant par la Perse et les Balkans. découpage qui se démocratise. Le célèbre dustrialise pour devenir dentelle mé-

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Image de Première Communion bordée d’un canivet et datée de 1883.

MAIS C’EST SURTOUT UN ART ANCESTRAL QUI FUT PRATIQUÉ DANS LE MONDE ENTIER ET DANS PLUSIEURS

canique. Placée sur une plaque d’acier comportant des reliefs arrondis ou très tranchants, martelée manuellement à l’aide d’un maillet, l’image prend peu à peu un aspect gaufré et se découpe. Des éditeurs se spécialisent : les images pieuses ou de première communion, aux bords dentelés, envahissent les pages des missels. L’image centrale, elle aussi, évolue au fil du temps, c’est une gravure en taille-douce, une lithographie, une chromolithographie ou une aquarelle, une gouache... Au XXe siècle, le papier découpé prend place dans l’œuvre d’Henri Matisse ; il devient aussi une technique d’animation pour le cinéma de Paul Grimault, de Michel Ocelot, René Laloux...

CULTURES.

UN ART POPULAIRE QUI SE RÉPAND JUSQU’EN ALSACE Dans la tradition juive, des artistes

préparent les contrats de mariage, appelés ketubah, dans des papiers découpés, calligraphiés. En Allemagne et aux Pays-Bas, respectivement appelés

scherenschnitte et papiersnyden, ils représentent des scènes paysannes. En Pologne, où ils prennent le nom de wycinanki, ils sont utilisés pour fêter Noël et Pâques. Mais c’est surtout

en Suisse (entre le Saanenland et le Pays d’Enhaut) et en Alsace que l’on trouve cet art populaire transmis par

des artistes célèbres.

MICHÈLE WAGNER, IMAGIÈRE ET DENTELLIÈRE DU PAPIER
Elle raconte, « En Alsace, on trouve

cette expression artistique dans le Goettelbrief. Ce souhait de baptême, document écrit à la main, décoré et

ajouré, était offert par le parrain ou la

À droite, canivet de baptême peint ; canivet avec en mobile un vol d’oiseaux ; canivet d’anniversaire de mariage.

marraine pour rappeler à l’enfant que des personnes s’étaient engagées à le soutenir moralement et matériellement, avec l’aide du divin. » Atteignant son apogée au XVIIIe siècle, la coutume perdure entre 1800 et 1880 pour disparaître avec la Première Guerre mondiale. Après un long cheminement à la découverte de cet art ancestral qui l’inspire, Michèle Wagner imagine, innove, interprète, dessine sur du papier calque avant de reproduire le dessin sur du papier qu’elle cisèle minu- tieusement et peint parfois.

En 2012 et 2013, avec d’autres artistes alsaciens, Michèle est invitée à exposer ses réalisations à Moscou. Pour Noël 2016, c’est le gouvernement de Moscou qui l’y convie pour animer des ateliers-causeries : elle crée des mobiles et des photophores avec des églises à bulbes, une Alsacienne qui donne la main à un cosaque... Pas- sionnée, elle partage avec enthousiasme son art dans son atelier et dans son livre Papiers découpés (Dessain et Tolra, 80 p., 2012). l

Visitez l’atelier
de Michèle Wagner,
dans la cour
du restaurant L’Ours, 2 rue de la Couronne 67240 Bischwiller Tél. 03 88 63 15 16

Canivet du XVIIIe siècle, outil appartement à Michèle Wagner.

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